Trouver une chauve-souris dans la maison déclenche souvent une réaction de panique compréhensible, mais la situation se gère sereinement avec les bons gestes. Au Québec, huit espèces de chauves-souris résident sur le territoire, et toutes sont protégées à divers degrés par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune. Ce guide détaille les actions à poser immédiatement, les pièges à éviter, le statut sanitaire (notamment le risque de rage), le cadre légal entourant l’exclusion d’une colonie et les coûts indicatifs 2026 pour une intervention professionnelle.
Première étape : sécuriser la situation sans paniquer
Lorsqu’une chauve-souris entre dans une pièce, elle cherche presque toujours une sortie. Fermez la porte de la pièce et isolez les autres pièces de la maison. Ouvrez grand une fenêtre vers l’extérieur, éteignez les lumières intérieures et allumez l’extérieur : la chauve-souris est attirée par les insectes nocturnes près des lampadaires. Dans 90 % des cas, elle ressort d’elle-même en moins de 30 minutes. Évitez de la chasser avec un balai ou une raquette : un coup direct peut blesser l’animal protégé et exposer la peau à une éventuelle morsure. Ne touchez jamais une chauve-souris à mains nues, même si elle semble morte.
Si la chauve-souris reste accrochée à un mur ou dans un coin, vous pouvez la capturer délicatement avec un contenant rigide (boîte en carton, pot Mason large) et une feuille de carton plus grande. Placez le contenant par-dessus l’animal, glissez le carton entre le mur et l’ouverture, retournez doucement le tout, puis transportez à l’extérieur. Relâchez près d’un arbre, jamais au sol : la chauve-souris a besoin de hauteur pour s’envoler. Portez impérativement des gants épais en cuir ou en denim doublé. Si un contact direct a eu lieu (morsure, contact peau ou muqueuse), appelez immédiatement Info-Santé 811 et faites capturer l’animal vivant si possible pour analyse rage.
Risque de rage : situations à signaler obligatoirement à la santé publique
La rage est rare chez les chauves-souris du Québec : entre 0,4 et 0,7 % des spécimens testés annuellement par le Laboratoire de santé publique du Québec sont positifs (données 2015-2024). Toutefois, la maladie reste mortelle sans prophylaxie post-exposition. Toute morsure, griffure ou contact peau directe avec une chauve-souris doit être signalé à Info-Santé 811. La capture de l’animal vivant pour analyse est fortement recommandée : seule l’analyse en laboratoire permet d’exclure le risque rage avec certitude. La prophylaxie post-exposition (PPE) est offerte gratuitement par la santé publique au Québec, et son efficacité est de près de 100 % si administrée avant les premiers symptômes.
Les situations qui obligent toujours à signaler sont les suivantes : chauve-souris trouvée dans une chambre où une personne dormait sans pouvoir confirmer l’absence de contact, chauve-souris trouvée près d’un enfant ou d’une personne incapable de témoigner du contact, morsure ou griffure visible, contact direct avec une chauve-souris morte ou agonisante. Dans ces cas, la santé publique recommande systématiquement la PPE en l’absence d’analyse de l’animal. Conservez l’animal mort dans un contenant fermé au réfrigérateur (pas au congélateur, qui détruit l’ARN viral nécessaire à l’analyse) et appelez le 811 pour les modalités d’acheminement au laboratoire.
Comment la chauve-souris est-elle entrée ? Points d’entrée typiques
Une chauve-souris isolée dans la maison signale presque toujours un point d’entrée plus large, souvent associé à une colonie installée dans le grenier ou les soffites. Les chauves-souris peuvent se faufiler dans une ouverture de seulement 6 à 10 mm. Les points d’entrée typiques sont les soffites en bois mal joints, les jonctions toit-mur (notamment au niveau des lucarnes), les fissures dans les murs de pierre des bâtiments anciens, les conduits de ventilation sans grille, les évents de plomberie, les espaces autour des cheminées et les jonctions entre toiture et solins. Une inspection crépusculaire (observation à la sortie au coucher du soleil) reste le moyen le plus fiable de localiser les points d’entrée actifs.
Tableau des actions par situation rencontrée
| Situation | Action immédiate | Appel obligatoire | Suite recommandée |
|---|---|---|---|
| Chauve-souris en vol, pas de contact | Isoler la pièce, ouvrir fenêtre, attendre | Aucun si pas de contact | Inspection grenier sous 7 jours |
| Chauve-souris au sol ou affaiblie | Capture en contenant avec gants épais | Info-Santé 811 si contact | Conserver vivante pour analyse |
| Morsure ou griffure | Laver plaie à l’eau et savon 15 min | Info-Santé 811 immédiat | PPE rage offerte gratuitement |
| Chauve-souris dans chambre où on dormait | Capture vivante du spécimen | Info-Santé 811 même sans contact apparent | Analyse rage recommandée |
| Colonie présumée au grenier | Ne rien sceller, ne pas perturber | Exterminateur certifié MFFP | Exclusion encadrée par LCMVF |
| Chauve-souris morte | Manipuler avec gants épais | 811 si contact peau | Conserver au frais pour analyse |
Cadre légal : ce que vous ne pouvez pas faire vous-même
Au Québec, la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (LCMVF) interdit de tuer, capturer ou perturber les chauves-souris en dehors de méthodes encadrées. L’article 26 prévoit des amendes pouvant aller de 250 $ à 5 750 $ pour un particulier qui tuerait délibérément une chauve-souris. La petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) et la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis) sont en plus désignées en voie de disparition par le COSEPAC depuis 2014, ce qui ajoute une couche de protection fédérale. L’exclusion d’une colonie installée dans une maison est légale et encouragée, mais elle doit se faire exclusivement par méthode non létale (cônes d’exclusion unidirectionnels) et impérativement en dehors de la période de mise bas (mi-mai à mi-août au Québec).
Coûts indicatifs 2026 pour une intervention professionnelle
Pour une chauve-souris isolée capturée et relâchée par un exterminateur, comptez entre 175 $ et 285 $ selon la disponibilité (urgence ou rendez-vous standard). Pour une inspection complète du grenier et des soffites avec rapport, comptez 285 $ à 450 $. Pour une exclusion complète d’une colonie résidentielle avec pose de cônes, scellement et garantie, comptez 1 200 $ à 3 800 $ selon la taille de la maison. La décontamination du grenier après le départ de la colonie (risque histoplasmose) coûte 1 500 $ à 3 500 $ supplémentaires. Plusieurs assurances habitation couvrent ces frais sous la rubrique dommages par vermine : conservez les factures et le rapport d’intervention. Pour en savoir plus sur les risques sanitaires liés aux excréments de chauves-souris, consultez notre article dédié à ce sujet.
FAQ : questions fréquentes sur les chauves-souris à la maison
Une chauve-souris peut-elle s’attaquer à une personne ?
Non. Les chauves-souris du Québec sont toutes insectivores et n’attaquent pas les humains. Une chauve-souris qui semble foncer sur une personne fait simplement de l’écholocalisation dans un espace clos : elle évite l’humain mais peut frôler les cheveux. Le risque réel est la morsure défensive si on tente de l’attraper sans protection.
Faut-il se faire vacciner contre la rage après avoir vu une chauve-souris dans la maison ?
Seulement si un contact direct a eu lieu ou ne peut être exclu (chauve-souris trouvée dans une chambre où on dormait, près d’un enfant, etc.). La santé publique recommande la prophylaxie post-exposition (PPE) dans ces situations. Sans contact possible, aucune vaccination n’est nécessaire. Info-Santé 811 fournit l’évaluation au cas par cas.
Combien de temps reste une colonie dans un grenier ?
Les chauves-souris fréquentent typiquement le même grenier de mai à octobre pour la maternité, puis migrent ou hibernent ailleurs. Toutefois, sans exclusion, elles reviennent l’année suivante au même site, souvent en plus grand nombre. Une colonie non traitée peut passer de 20 à 200 individus en 5 ans.
Peut-on faire fuir une chauve-souris avec des ultrasons ?
Non, les dispositifs ultrasoniques commerciaux n’ont aucun effet démontré sur les chauves-souris. La seule méthode efficace et légale est l’exclusion mécanique par cônes unidirectionnels, à pratiquer hors période de mise bas (mi-mai à mi-août).
Combien coûte une exclusion de colonie sur la Rive-Sud ?
Entre 1 200 $ et 3 800 $ pour une maison unifamiliale, et entre 2 200 $ et 4 800 $ pour un triplex urbain. Ces tarifs incluent l’inspection crépusculaire, la pose des cônes, le scellement définitif et le rapport. La décontamination histoplasmose s’ajoute si la colonie était installée depuis plusieurs années.




