Au Québec, la question revient à chaque infestation : qui paie l’exterminateur, le locataire ou le propriétaire ? La réponse courte tient en deux mots : le propriétaire. Mais cette réponse simple cache des nuances importantes selon la nature du nuisible, la cause probable de l’infestation, et la collaboration du locataire à la résolution. Ce guide détaille le cadre légal québécois en vigueur en 2026, les cas où le propriétaire paie systématiquement, les rares exceptions, et la procédure à suivre quand un propriétaire refuse d’intervenir.
Le cadre légal : article 1854 du Code civil du Québec
L’article 1854 du Code civil du Québec oblige le locateur (propriétaire) à fournir au locataire un logement en bon état d’habitabilité, de propreté et de salubrité. Cette obligation est dite d’ordre public, ce qui signifie qu’aucune clause de bail ne peut la contourner. La présence de nuisibles (souris, rats, punaises de lit, coquerelles, fourmis charpentières, chauves-souris dans les murs) est considérée comme une atteinte à la salubrité du logement, et son éradication incombe au propriétaire.
Le Tribunal administratif du logement (TAL, anciennement Régie du logement) applique cette obligation de manière constante. Plus de 95 % des décisions rendues sur des litiges parasitaires entre 2018 et 2024 ont retenu la responsabilité du propriétaire, y compris dans les cas où l’origine de l’infestation restait incertaine. Le principe directeur : le locataire n’a pas à prouver l’origine, seulement la présence et le signalement.
Cas où le propriétaire paie systématiquement
| Situation | Responsable | Base légale |
|---|---|---|
| Souris dans les murs au déménagement | Propriétaire | Art. 1854 CcQ + 1893 |
| Punaises de lit dans immeuble multilogements | Propriétaire | Art. 1854 + Règlement Mtl 2018 |
| Coquerelles avec migration entre logements | Propriétaire | Art. 1854 (salubrité) |
| Chauves-souris dans le grenier d’un duplex | Propriétaire | Art. 1854 (enveloppe) |
| Fourmis charpentières dans la structure | Propriétaire | Art. 1854 (structure) |
| Rats venant des égouts ou de la rue | Propriétaire | Art. 1854 + Règlement municipal |
| Nid de guêpes sur la corniche extérieure | Propriétaire | Bien commun de l’immeuble |
| Calfeutrage anti-rongeurs préventif | Propriétaire | Entretien structurel |
Les rares exceptions où le locataire peut être responsable
Trois situations principales permettent au propriétaire de faire reconnaître la responsabilité du locataire, à condition d’apporter la preuve formelle (photos, témoignages, rapports d’exterminateur). Premièrement, l’introduction démontrée de meubles infestés par le locataire (achat usagé, déménagement depuis un logement infesté), avec preuve que le logement était sain avant l’arrivée. Deuxièmement, la négligence sanitaire grave et documentée : accumulation de déchets organiques, vaisselle laissée plusieurs semaines, élevage non autorisé d’animaux ayant attiré rongeurs ou parasites. Troisièmement, le refus systématique du locataire de collaborer aux mesures préventives demandées (préparation pour traitement, accès à l’exterminateur, désencombrement requis pour traitement thermique de punaises de lit).
Dans ces cas, le propriétaire peut soit refuser de payer l’extermination, soit la faire faire et déduire le coût du dépôt ou du loyer suivant après accord du TAL. La preuve est souvent difficile à établir, et les décisions du TAL en faveur du propriétaire restent minoritaires (estimées à moins de 5 % des cas portés en litige).
Comment documenter une infestation comme locataire
La documentation initiale est cruciale pour éviter qu’on vous reproche d’avoir tardé à signaler ou d’avoir vous-même introduit le nuisible. Quatre actions à poser dans les 48 premières heures.
Photographier la présence (excréments, dégâts, individus capturés) avec date EXIF visible. Conserver les éventuels spécimens dans un contenant fermé au congélateur pour identification. Signaler par écrit (courriel ou mise en demeure) au propriétaire avec accusé de réception, en demandant explicitement une intervention sous 7 jours. Faire venir un exterminateur certifié ARLA pour un rapport de constat (coût 175 à 285 $, remboursable par le propriétaire). Le rapport doit nommer l’espèce, l’ampleur estimée, et la cause probable.
Que faire si le propriétaire refuse ou tarde
Si après une mise en demeure écrite de 7 jours, le propriétaire n’a pas mandaté d’exterminateur, le locataire dispose de trois recours légaux. Premièrement, déposer une demande au Tribunal administratif du logement (TAL) pour ordonner l’exécution de travaux. Délai typique : 4 à 8 semaines pour audience, mais une demande d’urgence peut être accordée en 7 à 14 jours pour les cas de risque sanitaire (rats, hantavirus, coquerelles en milieu enfant). Deuxièmement, contacter le service de salubrité municipal : la Ville de Montréal, la Ville de Longueuil et plusieurs villes de la Rive-Sud ont des inspecteurs habilités à émettre des avis d’infraction. Troisièmement, faire faire l’extermination soi-même et réclamer le remboursement au TAL avec factures et rapport.
Règlements municipaux complémentaires
Plusieurs municipalités ont renforcé le cadre depuis 2018. La Ville de Montréal oblige depuis 2018 la déclaration obligatoire des infestations de punaises de lit dans les immeubles de 8 logements et plus (règlement 18-005), avec amendes pouvant atteindre 4 000 $ pour les propriétaires en défaut. Longueuil et Brossard ont des règlements similaires sur les rats et les rongeurs, avec inspection municipale possible. Vérifiez le règlement de votre ville avant de présumer du cadre.
Cas particulier : copropriété (condo)
En copropriété divise, la règle se complique. Si le nuisible affecte uniquement votre unité (sans migration), c’est typiquement votre responsabilité de copropriétaire. Si le nuisible affecte les parties communes (murs partagés, vide sanitaire, grenier collectif, soffites du toit), c’est le syndicat de copropriété qui prend en charge. La distinction se fait souvent par le rapport de l’exterminateur sur les voies d’entrée et de migration. Si vous êtes locataire dans une copropriété, c’est le copropriétaire-bailleur qui paie, pas le syndicat.
Coûts indicatifs et assurance
Pour un propriétaire, le coût d’une intervention résidentielle varie de 195 $ (nid de guêpes) à 4 500 $ (décontamination histoplasmose). Les tarifs détaillés par nuisible sont consultables dans notre guide complet 2026. Plusieurs assurances habitation propriétaire couvrent les dommages par vermine sous la rubrique « dommages soudains et accidentels » : conservez les factures et le rapport d’exterminateur pour la réclamation. Les pertes locatives temporaires (relogement du locataire pendant traitement thermique de punaises de lit) sont également couvertes par certaines polices.
FAQ : locataire, propriétaire et extermination au Québec
Le propriétaire peut-il refuser de payer en disant que c’est ma faute ?
Il peut le dire, mais sans preuve formelle de votre négligence grave ou de l’introduction d’objets infestés, le TAL retiendra sa responsabilité dans la quasi-totalité des cas. L’obligation de salubrité de l’article 1854 est d’ordre public et ne peut être contournée.
Puis-je déduire le coût d’extermination de mon loyer ?
Pas unilatéralement. Vous devez d’abord obtenir une décision du TAL autorisant la retenue. Sinon, le propriétaire peut résilier le bail pour non-paiement. Faites toujours faire l’extermination puis réclamez le remboursement avec décision du TAL.
Combien de temps avant que le propriétaire intervienne ?
Le délai raisonnable est de 7 à 14 jours après mise en demeure écrite, sauf urgence sanitaire (rats, coquerelles en milieu enfant, infestation aiguë) qui exige une intervention sous 72 heures. Au-delà, vous pouvez saisir le TAL en demande urgente.
Le bail peut-il transférer la responsabilité au locataire ?
Non. Toute clause de bail qui transfère au locataire la responsabilité d’éradication des nuisibles est nulle de plein droit, car contraire à l’article 1854 d’ordre public. Le TAL ignore systématiquement ces clauses abusives.
Et si je découvre les nuisibles après l’emménagement ?
Vous bénéficiez de la présomption que l’infestation préexistait. Le logement étant censé être sain à l’emménagement (art. 1893 CcQ), c’est au propriétaire de prouver le contraire. Signalez immédiatement par écrit avec accusé de réception.
Le syndic de copropriété paie-t-il l’exterminateur ?
Oui si l’infestation affecte les parties communes (murs partagés, vide sanitaire, grenier, soffites collectifs). Non si elle se limite à une unité privative. Le rapport de l’exterminateur sur les voies d’entrée est la pièce déterminante.




